témoignage de Christelle Giovannetti

Life4Brussels tient à partager avec vous le témoignage que Christelle Giovannetti a tenu à nous livrer le 22 mars 2017 à l’occasion des commémorations de Maelbeek.

Christelle est l’un des petits anges qui ont bravé la peur et l’angoisse afin de sauver des vies au détriment de la leur!

Sache que tu nous es chère Christelle! ❤

Voici son discours:
Sire, Majesté,
Mesdames et Messieurs les ministres,
Chères familles,
Chers citoyens,

Il y a un an, je vivais l’horreur en ce lieu même. Depuis passe dans ma tête un flot incessant de questionnements. A ceux-ci s’est rajouté celui de ma légitimité à prendre la parole aujourd’hui devant vous. Vous, tout aussi irrémédiablement victimes, mais parfois plus fragilisées, meurtries, endeuillées. J’ai si souvent pensé à vous cette année.

C’est un vacarme de questions mais aussi d’émotions qui assourdissent des nuits entières. Ces nuits glaçantes qui, soudainement, dans une symphonie stridente, nous renvoient à la solitude, celle de faire face à la mort, aux angoisses. Errer dans les dédales du traumatisme. Hurler intérieurement la peur mais aussi la vie.

Il y a un an, quelques minutes après l’explosion sur le trottoir quelqu’un m’a dit : « Aujourd’hui, c’est le premier jour de ta nouvelle vie. » Cette phrase qui a d’abord résonné en moi comme une totale injustice, s’est ensuite révélée être une vérité que j’ai appris à accepter.
Oui, nos vies ont changé. En tant qu’humain, en tant que citoyen, apprendre à vivre avec la menace.

Sartre a écrit : « L’important n’est pas ce que l’on fait de nous, mais ce que nous faisons nous-mêmes de ce que l’on fait de nous. » Je serre cette phrase au creux de ma main. C’est arrivé. La volonté d’une explosion qui emporte des vies, des rêves, brise des chemins, des êtres, des familles, l’impression d’être piégé dans une réalité qui ne nous appartient pas.

Et pourtant se relever, même si on ne parvient pas toujours à se raccrocher à la vie qui file à toute vitesse, panser ses blessures, chasser ses angoisses, sortir de sa solitude, et se remettre en chemin. Avancer malgré les craintes, les appréhensions, l’horreur des images qui reviennent en boucle dans la tête, la terreur qui nous colle partout et aller vers les vibrations, les couleurs, la diversité, l’humanité.

Car l’humain, lui, était au rendez-vous ce jour là, et ceux qui ont suivi. Dans une splendeur de gestes, tous plus rassurants, touchants, lumineux. L’humain s’est rassemblé pour aider, pour donner, pour soigner, pour écouter, pour réconforter.
La douceur d’une main qui vous caresse, la profondeur d’une accolade, l’apaisement d’un message, la puissance d’un regard qui sait.

Je l’ai écrit sur le grand tableau encore blanc à la réouverture de la station : « face à l’innommable, j’ai été le témoin d’une réelle fraternité, tous égaux face à ce fracas d’absurdité ». J’ai eu la chance de voir depuis un an des milliers de citoyens se soulever et se réunir autour d’une même pensée.

Le chemin semble moins escarpé quand il est partagé. Autant par l’amour et la présence à toute épreuve de mon mari, de ma famille, de mon entourage, que par les témoignages de soutien d’inconnus.
Par les nombreuses rencontres que j’ai faites depuis, toutes empreintes de vérité et de beauté. Ces personnes qui m’ont permise, d’accepter ma place, mes blessures irréversibles, ma fragilité, ma vulnérabilité. Elles sont devenues des proches, des amis, avec qui nous échangeons si souvent du réconfort, des sourires, des rires, un peu d’énergie, beaucoup d’optimisme.

Aujourd’hui, je souhaite à chacun d’entre nous, tout le courage nécessaire pour affronter cette date symbolique. Toute la force pour continuer à mener ce combat, qui certes ne dure pas un jour, ne dure pas un an. Ce combat qui continuera encore, nous réunit aujourd’hui et nous permet d’entrevoir un avenir solidaire.

Merci profondément à tous.